Un sommet extraordinaire sous haute tension

Les chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) se retrouveront le 22 janvier 2026 à Brazzaville pour un sommet extraordinaire aux allures de réunion de crise. Convoquée à l’initiative du président congolais Denis Sassou Nguesso, président en exercice de la Conférence des chefs d’État, cette rencontre intervient moins de quatre mois après la précédente session ordinaire, illustrant l’urgence de la situation économique et financière dans la sous-région.

Des équilibres macroéconomiques de plus en plus fragilisés

Au cœur des échanges figurera la dégradation accélérée des fondamentaux macroéconomiques. La baisse prolongée des cours des matières premières, l’érosion des recettes budgétaires, l’aggravation des déficits publics et le non-respect des critères de convergence communautaires accentuent les vulnérabilités structurelles des économies de la CEMAC, largement dépendantes des importations.

La dette extérieure, principal facteur de risque en 2026

Mais c’est surtout le poids croissant du service de la dette extérieure qui alimente les inquiétudes à l’horizon 2026. Selon des sources proches des institutions financières régionales, plusieurs échéances majeures vis-à-vis du Fonds monétaire international (FMI) et de créanciers commerciaux sont attendues dès le premier trimestre 2026, faisant planer le risque d’une ponction significative sur les réserves de change.

Le Cameroun illustre cette pression financière. Selon son ministre des Finances, Louis Paul Motaze, près de 250 milliards de FCFA de dette extérieure devront être remboursés pour le seul mois de janvier 2026.

Des réserves de change sous forte pression

« Si les États honorent l’ensemble de leurs engagements extérieurs, les réserves de change de la CEMAC pourraient tomber en dessous des niveaux observés en 2016 », avertit une source autorisée. Or, ces réserves constituent un pilier essentiel de la stabilité du franc CFA, garantissant à la fois le financement des importations et la crédibilité du régime de change.

Le souvenir encore vif des crises passées

L’histoire récente de la sous-région rappelle les risques encourus. En 1994, la chute du taux de couverture extérieure avait conduit à la dévaluation du franc CFA. En 2016, l’effondrement des cours du pétrole avait ravivé ce scénario, finalement évité grâce à des programmes d’ajustement budgétaire et financier appuyés par le FMI.

Une sous-région sans véritable filet de sécurité financière

La situation actuelle apparaît toutefois plus contraignante. À l’exception du Tchad, aucun pays de la CEMAC ne dispose aujourd’hui d’un programme actif avec le FMI. Le Cameroun, le Congo et le Gabon peinent à conclure de nouveaux accords avec l’institution de Bretton Woods, réduisant la capacité collective à absorber un choc de liquidité externe.

Les signaux d’alerte de la BEAC

Les autorités monétaires tirent déjà la sonnette d’alarme. Fin décembre 2025, le gouverneur de la BEAC, Yvon Sana Bangui, a révélé une baisse rapide des réserves de change, tombées à 6 377,3 milliards de FCFA, contre 7 624,6 milliards six mois plus tôt. Dans le même temps, le taux de couverture extérieure de la monnaie devrait reculer à 67 %, contre 75 % à fin 2024.

Le dossier sensible des Fonds de restauration des sites

Autre point majeur à l’ordre du jour : la domiciliation à la BEAC des Fonds de restauration des sites (RES) des compagnies extractives, estimés à près de 6 000 milliards de FCFA. Présentée comme un levier potentiel de renforcement des réserves, cette réforme se heurte à l’opposition des multinationales pétrolières et minières, soutenues notamment par les États-Unis.

En mars 2025, le Congrès américain avait examiné un projet de loi visant à bloquer tout appui du FMI aux pays de la CEMAC si ces fonds étaient intégrés aux réserves officielles, une option jugée incompatible avec les standards internationaux.

Des arbitrages décisifs pour l’avenir de la zone CEMAC

À Brazzaville, les dirigeants de la CEMAC devront donc arbitrer entre pression de la detteraréfaction des financements extérieurs et impératif de stabilité monétaire. Des décisions cruciales se profilent, alors que le spectre d’une crise comparable à celle de 2016 refait surface dans la sous-région.