Le 31 décembre 2025, dans son traditionnel message à la nation, le président Paul Biya surprenait l’opinion publique en annonçant la formation imminente d’un nouveau gouvernement, promettant que la nomination des membres du prochain exécutif interviendrait « dans les prochains jours ».

Depuis cette annonce, pourtant saluée tant par les milieux politiques que par une partie de la population, le pays vit dans l’attente — et parfois la frustration — d’un remaniement qui n’est toujours pas intervenu, presque deux mois plus tard.

Attente prolongée, institutions sous tension

Aux quatre coins du Cameroun, cette attente se fait sentir. Dans les rues de Yaoundé, des discussions animées portent moins sur les réalisations gouvernementales que sur l’énigme politique que représente ce silence prolongé. Beaucoup s’interrogent : Pourquoi ce délai inhabituel ?

Sur les plateaux de télévision et les réseaux sociaux, le sujet est débattu sans relâche. Certains observateurs dénoncent une incertitude politique qui s’installe, tandis que d’autres voient dans cette attente un signe de blocages institutionnels ou d’arbitrage interne complexe au sein du sérail politique camerounais.

Une promesse politique qui s’étire

Le gouvernement actuel, dirigé par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, demeure en fonction dans un gouvernement dit « en affaires courantes », sans que des changements structurels aient eu lieu. Cette situation prive certains secteurs d’une impulsion politique renouvelée — une dynamique particulièrement attendue après les élections de 2025 qui ont renouvelé le mandat du chef de l’État.

Des figures politiques de premier plan se retrouvent dans une sorte de purgatoire institutionnel, incertaines de leur avenir ministériel. Cet immobilisme exerce une pression sur le fonctionnement de l’État et alimente des rumeurs et spéculations autour des équilibres de pouvoir.

Interprétations et spéculations autour du retard

Plusieurs analyses pointent vers des enjeux internes complexes. Dans une tribune récente, le journaliste Jean-Bruno Tagne suggère que le président pourrait être confronté à un choix délicat, notamment autour de personnalités clés du système politique camerounais, comme le secrétaire général de la présidence, Ferdinand Ngoh Ngoh, dont le maintien ou l’éviction pourrait avoir des répercussions sur l’équilibre des alliances politiques.

Cette lecture explicative met en avant un dilemme politique plutôt qu’une simple inertie administrative, suggérant que le délai reflète une stratégie de calcul plutôt qu’une absence de décisions — une posture qui correspond à ce que certains analystes qualifient de « style Biya », marqué par la gestion du temps politique selon des impératifs propres au chef de l’État.

La perception populaire : patience, ironie… et inquiétude

Sur le terrain, la patience des citoyens commence à s’effriter ; certains y voient même une ironie sociale, reflétée par des commentaires humoristiques mais révélateurs de frustration. Un journaliste populaire a récemment confié avoir renoncé à se raser tant que le remaniement n’est pas officialisé, illustrant avec humour l’attente devenue presque symbolique dans le pays.

Pour d’autres, l’absence de gouvernement renouvelé alimente une inquiétude plus profonde, notamment en contexte de défis socio-économiques et de besoins urgents de réformes dans des secteurs clés tels que l’éducation, la santé et l’emploi des jeunes.

Quel impact pour l’avenir ?

Alors que le Cameroun entre dans la nouvelle année, avec des enjeux politiques, économiques et sociaux majeurs, l’absence d’un gouvernement pleinement renouvelé pose une question centrale : quelle est la stratégie politique du chef de l’État pour cette nouvelle législature ?

La réponse à cette question pourrait bien dépasser la simple annonce d’un remaniement ministériel — elle pourrait éclairer l’approche du pouvoir envers la gouvernance, les réformes et les attentes des citoyens dans les années à venir.

 En résumé : ce qui devait être un remaniement imminent s’est transformé en une attente prolongée, révélatrice des complexités et des jeux de pouvoir qui caractérisent la politique camerounaise actuelle — un phénomène désormais au cœur des conversations, des analyses et même de l’imaginaire populaire.