Les producteurs camerounais voient enfin une lueur d’espoir avec la hausse des prix du cacao, mais la saison reste en deçà des attentes.

Après des mois de vaches maigres, les producteurs de cacao camerounais peuvent enfin souffler. Le kilogramme de fèves de cacao a franchi la barre symbolique des 2 000 FCFA, un seuil atteint tardivement dans la campagne 2025-2026, qui s’achève théoriquement le 15 juillet. Une nouvelle qui, bien que tardive, redonne un peu d’oxygène à un secteur fortement éprouvé par la chute brutale des cours internationaux.

Une remontée des prix, mais un marché toujours en berne

Selon les dernières données publiées par l’Office National du Cacao et du Café (ONCC), le prix du kilogramme de cacao oscillait entre 2 000 et 2 050 FCFA le 22 juin 2026. Un niveau qui, bien que modeste, marque une hausse significative par rapport aux mois précédents, où les prix peinaient à dépasser les 1 500 FCFA. Pourtant, ce rebond intervient après une saison particulièrement difficile, où les producteurs camerounais ont dû composer avec des revenus jusqu’à 62 % inférieurs à ceux de la campagne précédente.

Pour rappel, lors de la campagne 2024-2025, le cacao camerounais avait atteint des record historiques autour de 5 400 FCFA/kg, avec des pics à 6 000 FCFA dans certains bassins comme celui du Centre ou du Sud-Ouest. Ces performances exceptionnelles, portées par une forte tension sur l’offre mondiale, avaient nourri de grandes espérances pour la saison 2025-2026. Malheureusement, le marché a pris un tournant inattendu : l’excédent mondial de cacao et un ralentissement de la demande industrielle ont fait chuter les cours, plongeant les producteurs dans une situation critique.

« Cette remontée des prix est une bonne nouvelle, mais elle ne suffira pas à compenser les pertes des mois précédents. Les producteurs camerounais restent très exposés aux fluctuations du marché international, malgré la qualité de leur cacao »,

— Experts du secteur cacaoyer au Cameroun

Le cacao, une histoire d’exportation et de dépendance

L’histoire du cacao camerounais s’inscrit dans une longue tradition d’exportation, mais aussi de dépendance aux marchés internationaux. Comme le rappelle Wikipédia, la culture du cacaoyer remonte à l’époque mésoaméricaine, où les fèves étaient déjà utilisées comme monnaie d’échange. Aujourd’hui, l’Afrique de l’Ouest, et notamment la Côte d’Ivoire, domine la production mondiale, mais le Cameroun conserve une place importante grâce à la qualité de ses fèves.

Pourtant, malgré cette qualité reconnue, les producteurs camerounais peinent à se protéger des aléas du marché. Plus de 80 % de la production mondiale provient d’exploitations familiales de moins de 5 hectares, souvent gérées sans accès à des outils de couverture des risques. Une réalité qui expose les petits producteurs à des chocs économiques brutaux, comme celui observé cette saison.

« Le Cameroun a un potentiel énorme, mais il doit repenser sa stratégie pour mieux valoriser son cacao. La transformation locale et la création de filières intégrées pourraient aider à stabiliser les revenus des producteurs »,

— Un économiste spécialisé en agriculture

Que réserve l’avenir pour les producteurs camerounais ?

Avec trois semaines restantes avant la clôture officielle de la campagne, la remontée des prix pourrait fluidifier les dernières ventes et permettre aux producteurs de réaliser un chiffre d’affaires plus acceptable. Cependant, il est peu probable que cette hausse suffise à combler le déficit accumulé depuis le début de la saison.

Face à cette situation, plusieurs pistes sont évoquées pour soutenir le secteur à long terme :

  • La transformation locale : encourager la production de chocolat et de produits dérivés au Cameroun pour réduire la dépendance à l’export brut.
  • La diversification : associer la culture du cacao à d’autres cultures comme le café ou les cultures vivrières pour limiter les risques.
  • Les mécanismes de couverture : mettre en place des outils financiers pour protéger les producteurs contre les fluctuations des cours.

En attendant, les producteurs camerounais gardent l’espoir que les autorités prendront des mesures pour soutenir durablement le secteur. Car, comme le rappelle l’histoire du cacao, cette culture a toujours été synonyme de résilience… mais aussi de défis.

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