Le 30 septembre 2025, un décret signé par le Premier ministre camerounais, Joseph Dion Ngute, a suscité une onde de choc à la fois au niveau national et international. Ce décret, aux contours flous et controversés, a autorisé la poursuite des activités de la société SGS (Société Générale de Surveillance) au Port Autonome de Douala. Loin de faire l’unanimité, cette décision soulève des questions sur l’avenir du commerce au Cameroun, la transparence des contrats publics et les conséquences de cette autorisation pour la réputation du pays dans le secteur du commerce international.

Qu’est-ce que le Scamming des Marchandises ?

Le terme « scamming » dans ce contexte fait référence à des pratiques douteuses et souvent frauduleuses liées à la gestion des marchandises au port de Douala. Le Port Autonome de Douala (PAD), principal port du pays, joue un rôle stratégique en tant que point d’entrée majeur pour les marchandises en transit vers le Cameroun et les autres pays de la région. La SGS, une entreprise de surveillance et de contrôle de qualité des marchandises, est depuis longtemps impliquée dans l’inspection et la certification des cargaisons arrivant à Douala. Toutefois, des allégations de malversations, notamment de pratiques de surfacturation, de détournement de fonds et de manipulation des prix des services, ont récemment émergé.

Le « scamming » évoqué dans l’instruction du Premier ministre fait directement référence aux accusations selon lesquelles SGS aurait facilité, ou même encouragé, des pratiques peu scrupuleuses en échange de commissions. Des témoignages de transporteurs et d’importateurs pointent l’existence de frais supplémentaires non justifiés, d’arbitrages biaisés sur la qualité des marchandises et de faux rapports d’inspection. Ces activités frauduleuses minent la compétitivité du marché camerounais et ont des répercussions graves sur les petites et moyennes entreprises (PME) locales, qui sont les premières victimes de cette situation.

SGS : Une Compagnie au Cœur de la Controverse

La SGS, fondée en 1878 en Suisse, est l’une des plus grandes sociétés mondiales dans le domaine de l’inspection, de la vérification, de l’analyse et de la certification. Son rôle au Cameroun est crucial, mais aussi largement critiqué. Le gouvernement camerounais a confié à cette société le contrôle des importations, une décision qui a fait l’objet de nombreuses interrogations, en particulier sur les conditions du contrat et sa durabilité.

Le contrat entre le Cameroun et la SGS a été signé pour une durée de dix ans, avec la possibilité de renouveler l’accord à la fin de cette période. Ce contrat exclusif confère à SGS une position dominante, voire monopolistique, dans la gestion des importations, ce qui soulève des questions sur la transparence des appels d’offres et sur l’absence de mise en concurrence. Le manque de transparence entourant ce contrat a créé un climat de méfiance parmi les acteurs économiques, en particulier ceux qui dépendent du port pour leurs activités commerciales.

Les Détails du Contrat : Un Monopole de Survie ?

Le contrat entre la SGS et le Cameroun a été signé en 2015, avec un renouvellement anticipé en 2020. Bien que le Premier ministre ait autorisé la poursuite de ce partenariat, les conditions exactes du contrat ne sont pas entièrement publiques, ce qui alimente la suspicion. Cependant, plusieurs sources indiquent que la SGS jouit d’un quasi-monopole sur les services de contrôle et de certification des marchandises. L’aspect le plus controversé de ce contrat réside dans le fait que les frais facturés par SGS ne sont pas transparents et sont souvent perçus comme excessifs par les opérateurs économiques. La société perçoit des commissions sur chaque cargaison inspectée, ce qui génère des revenus considérables, mais suscite aussi des inquiétudes quant à la pression qu’elle exerce sur les importateurs et les exportateurs.

D’autres aspects du contrat soulignent des préoccupations supplémentaires : la durée de l’accord semble longue par rapport aux pratiques habituelles dans le secteur, et son renouvellement se fait sans grande remise en question des résultats. Ces éléments alimentent les critiques selon lesquelles la SGS bénéficie d’un traitement privilégié au détriment d’une concurrence saine.

Pourquoi le Premier Ministre a-t-il Autorisé la Poursuite des Activités de la SGS ?

La question qui taraude les analystes et les observateurs est de savoir pourquoi le Premier ministre camerounais a pris la décision de prolonger cette collaboration controversée avec SGS. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer cette instruction :

  1. Les Pressions Internes et les Lobbying : Le rôle de la SGS dans l’économie camerounaise, en particulier dans les importations, est devenu central. Des sources proches du gouvernement évoquent des pressions exercées par des groupes d’intérêt et des entreprises influentes ayant des liens étroits avec la société suisse. Ces groupes pourraient voir dans le maintien de la SGS une garantie de stabilité dans les affaires.
  2. Les Défis Logistiques et la Faiblesse des Infrastructures : La gestion du Port Autonome de Douala fait face à des défis logistiques considérables. Le gouvernement camerounais pourrait estimer qu’une entreprise expérimentée comme SGS, malgré ses imperfections, est mieux équipée pour faire face à ces défis que toute autre société, d’autant plus que le pays manque d’infrastructures de contrôle adéquates.
  3. L’Absence d’Alternatives Viables : Le marché de la surveillance des importations au Cameroun est limité. Le gouvernement, dans sa volonté d’améliorer les performances du port, pourrait estimer qu’il n’existe pas encore d’alternative crédible pour remplacer SGS, d’où le choix de maintenir cette société en poste.

L’Impact Sur les Acteurs Locaux et la Réputation du Cameroun

L’une des conséquences majeures de cette instruction est l’impact qu’elle pourrait avoir sur les relations commerciales du Cameroun. De nombreux importateurs et exportateurs estiment que les pratiques de SGS ont un effet dissuasif sur les affaires au Cameroun. Les charges additionnelles liées aux pratiques de la société sont souvent répercutées sur les consommateurs, ce qui aggrave la pression inflationniste dans le pays.

La réputation du Cameroun sur la scène internationale pourrait également en pâtir. En autorisant la continuation de ces pratiques controversées, le gouvernement risque d’aggraver son image déjà ternie en tant que destination pour les investissements étrangers. Les entreprises internationales, particulièrement celles opérant dans le secteur du commerce, pourraient hésiter à investir au Cameroun, craignant un environnement de travail opaque et potentiellement corrompu.

Conclusion : Un Avenir Incertain pour le Port de Douala

En conclusion, l’instruction du Premier ministre camerounais concernant la poursuite des activités de la SGS au Port Autonome de Douala soulève de nombreuses questions sur la gestion des contrats publics, la transparence et la gouvernance des infrastructures stratégiques du pays. Si cette décision est motivée par des raisons logistiques et économiques, elle continue de nourrir la polémique sur la transparence et la concurrence dans le secteur portuaire camerounais. Les prochaines années seront cruciales pour observer l’évolution de cette situation et les possibles réformes qui pourraient voir le jour pour restaurer la confiance dans la gestion des ports et des importations au Cameroun.