Un projet phare pour l’intégration énergétique régionale
Le Cameroun franchit une nouvelle étape dans sa stratégie d’exportation d’électricité avec le lancement de deux appels d’offres internationaux d’un montant colossal. La Société nationale de transport de l’électricité (Sonatrel), en collaboration avec la Banque mondiale, a officiellement lancé le 17 août 2026 deux appels d’offres pour la construction de lignes haute tension et de postes de transformation, dans le cadre du Projet d’interconnexion des réseaux électriques du Tchad et du Cameroun (Pirect). Ce projet, estimé à 557,5 milliards de FCFA, vise à fournir 100 MW d’électricité au Tchad à partir du barrage de Nachtigal, tout en renforçant le réseau camerounais.
Un investissement stratégique pour l’Afrique centrale
Selon la Banque mondiale, le Pirect est présenté comme un « projet stratégique » pour les deux pays, mais aussi pour toute la sous-région. En effet, cette interconnexion permettra non seulement d’alimenter le Tchad, mais aussi de renforcer l’accès à l’électricité dans les régions camerounaises du Nord et de l’Adamaoua. Sur les 557,5 milliards FCFA investis, une grande partie provient de la Banque mondiale, qui a déjà engagé 300 millions de dollars (environ 200 milliards FCFA) dans ce projet.
Le Pirect se décompose en deux grandes composantes :
- Composante 1 : Réalisation de l’interconnexion entre le réseau interconnecté Sud (RIS) et le réseau interconnecté Nord (RIN) du Cameroun, avec la construction de 524 km de lignes 225 kV entre Ntui (Centre) et Wouro-Soua (Adamaoua), ainsi que quatre postes de transformation.
- Composante 2 : Extension du réseau vers le Tchad, avec la construction de 419,6 km de lignes 225 kV entre Wouro-Soua et la frontière tchadienne, ainsi que plusieurs postes de transformation.
Des travaux colossaux avec un calendrier ambitieux
Les appels d’offres lancés par la Sonatrel portent sur deux lots distincts :
- Premier appel d’offres : Conception, fourniture, montage et mise en service de 419,6 km de lignes haute tension 225 kV (en deux lots).
- Second appel d’offres : Extension et construction de postes de transformation à Wouro-Soua, Garoua 2, Maroua et Kousseri (également en deux lots).
Les soumissionnaires ont jusqu’au 18 et 19 novembre 2026 pour déposer leurs offres. Une fois les prestataires sélectionnés, les travaux devront être achevés dans un délai de 34 mois. Cependant, en raison de contraintes budgétaires, seule une partie des lignes initialement prévues sera construite dans cette première phase. Le reste sera réalisé ultérieurement.
Un impact social et économique majeur
« Ce projet permettra d’alimenter 110 villages dans les régions du Centre et de l’Adamaoua, tout en renforçant l’accès à l’électricité pour des milliers de ménages et d’entreprises. C’est une avancée majeure pour le développement des zones rurales camerounaises. »
Unité de coordination du Pirect
Outre l’électrification des zones rurales, le Pirect devrait également stimuler l’économie locale en créant des emplois directs et indirects, notamment dans les secteurs de la construction et de la maintenance des infrastructures électriques. De plus, l’exportation d’électricité vers le Tchad renforcera la position du Cameroun comme leader énergétique en Afrique centrale.
Un calendrier réaliste ou trop ambitieux ?
Initialement prévu pour une finalisation en 2027, le Pirect prendra désormais plus de temps. En effet, le délai de 34 mois pour la réalisation des travaux repoussent l’achèvement du projet à au moins 2029, voire plus si des retards surviennent. Cette prolongation s’explique par la complexité des infrastructures à construire et par les contraintes budgétaires imposées par la Banque mondiale.
Néanmoins, les autorités camerounaises et tchadiennes restent confiantes quant à la réussite de ce projet, qui devrait transformer durablement le paysage énergétique de la sous-région. La Sonatrel a d’ores et déjà lancé les préparatifs pour la composante 1, qui progresse bien depuis mars 2025.
Vers une Afrique centrale plus électrique et intégrée
Le projet d’interconnexion des réseaux électriques du Cameroun et du Tchad est bien plus qu’un simple accord énergétique : c’est un levier de développement économique et social pour toute l’Afrique centrale. Avec un investissement de plus de 550 milliards FCFA et des infrastructures modernes, ce projet positionnera le Cameroun comme un acteur clé dans la fourniture d’électricité en Afrique, tout en améliorant l’accès à l’énergie pour des millions de personnes.
