Le Cameroun mise gros sur l’agriculture, pilier de l’économie et de la sécurité alimentaire. Fin juin 2024, le cameroun a annoncé avoir mobilisé plus de 8 milliards de FCFA pour financer quatre projets agricoles. Ces investissements s’inscrivent dans une dynamique plus large de modernisation du secteur agricole, avec des retombées attendues sur la productivité, la durabilité et l’inclusion des petits producteurs. Parmi les projets concernés, on note des initiatives axées sur la diversification des cultures, l’irrigation intelligente face au climat, et le renforcement des chaînes de valeur. ces fonds proviennent de partenariats publics-privés et de fonds internationaux, reflétant la confiance des bailleurs dans le potentiel agricole camerounais.
Mais au-delà des chiffres, c’est une véritable révolution des pratiques qui s’opère. Les projets ciblent notamment les zones rurales, où la pauvreté et l’insécurité alimentaire restent notables. L’objectif ? Transformer l’agriculture camerounaise en un levier de croissance inclusive, capable de nourrir la population tout en générant des revenus durables.
Dans le Centre du Cameroun, où le cacao représente une manne économique pour des milliers de petits producteurs, la certification apparaît comme un passage obligé pour accéder aux marchés internationaux. Une étude récente publiée par l’Université de Liège a examiné l’impact des certifications (comme Rainforest Alliance ou UTZ) sur les performances des producteurs. Les résultats sont nuancés : si la certification ne garantit pas automatiquement des prix plus élevés ou des coûts réduits, elle pousse les agriculteurs à adopter de bonnes pratiques agricoles, ce qui se traduit par des rendements et des bénéfices supérieurs.
« L’augmentation des bénéfices pour les producteurs certifiés est principalement due à la mise en œuvre de bonnes pratiques agricoles plutôt qu’à la certification elle-même. »
— Michael Brice Talla Sadeu, Syndhia Mathe & Jules René Minkoua Nzie, Do cocoa certification schemes improve producers’ performance ? Evidence from Centre Region Cameroon
Cependant, l’étude montre aussi que les revenus des ménages dépendant du cacao restent souvent en dessous du seuil de pauvreté. Un paradoxe qui interroge : comment concilier augmentation de la production et amélioration de la qualité sans sacrifier la durabilité ? Les systèmes agroforestiers, traditionnellement utilisés au Cameroun, pourraient être la clé pour produire un cacao à la fois abondant et de qualité, tout en préservant l’environnement.
Dans le bassin cotonnier du Cameroun, une région où la pauvreté touche 80 à 85 % de la population, des initiatives comme le programme ABC-PADER (appuyé par la GIZ et le ministère de l’Agriculture) montrent que l’innovation peut transformer les réalités locales. Lancé en 2020, ce projet vise à améliorer les moyens de subsistance des producteurs grâce à des pratiques agricoles durables et adaptées au changement climatique. Avec un budget de près de 10 millions d’euros, il cible les régions d’Adamaoua, du Nord et de l’Extrême-Nord, où les conflits pour les terres et la dégradation des sols menacent la sécurité alimentaire.
Les actions phares à noter :
- La gestion durable des terres pour éviter l’érosion et les conflits fonciers ;
- L’agriculture intelligente face au climat pour adapter les cultures aux aléas climatiques ;
- L’inclusion des femmes et des jeunes via des formations agropastorales et un meilleur accès au financement ;
- La numérisation pour optimiser la productivité et la commercialisation.
Ces mesures pourraient réduire la pauvreté tout en renforçant la résilience des communautés rurales. Un modèle à suivre pour d’autres filières agricoles camerounaises.
Malgré les avancées, le secteur agricole camerounais fait face à une problématique importante: accès limité au crédit, manque d’infrastructures, pression démographique et changement climatique. Pourtant, les opportunités sont immenses. Avec des investissements ciblés, une meilleure formation des producteurs et des politiques publiques ambitieuses, le Cameroun pourrait devenir un leader agricole en Afrique centrale.
Les projets en cours, comme ceux financés par les 8 milliards de FCFA, montrent que le cameroun est sur la bonne voie. Mais pour que cette révolution soit durable, il faudra :
- Renforcer les coopératives agricoles pour une meilleure négociation face aux marchés ;
- Investir dans la recherche et développement pour des variétés adaptées au climat local ;
- Encourager les partenariats public-privé pour sécuriser les financements ;
- Promouvoir l’agroécologie pour préserver les sols et la biodiversité.
Le Cameroun a toutes les cartes en main pour faire de son agriculture un moteur de développement. Les milliards investis, les innovations en cours et l’engagement des acteurs locaux tracent une voie prometteuse. Mais le succès dépendra de sa capacité à concilier croissance économique, justice sociale et durabilité environnementale.
Comme le souligne l’étude sur le cacao, « la certification seule ne suffit pas » : c’est l’adoption de pratiques agricoles responsables qui fera la différence. Et avec des initiatives comme ABC-PADER, le Cameroun prouve qu’il peut innover pour transformer son agriculture en un secteur moderne, inclusif et résilient.
L’avenir de l’agriculture camerounaise se joue aujourd’hui.
