Mon cher beau père, bonjour

Je t’interpelle ce matin pour que tu viennes chercher ta fille, ma femme adorée d’autrefois.

beau père, viens chercher celle qui te ressemblait tant, celle qui avait ton sourire, ton regard, et

même ton caractère. Celle qui était si fière d’être ta fille, d’être africaine, d’être elle-même.

Beau père, tu ne la reconnaîtras plus si tu la vois. Elle a changé, elle a tout changé. , elle a voulu se

conformer à un modèle qui n’est pas le nôtre. Elle a voulu se faire accepter par des gens qui ne

l’apprécient pas pour sa vraie valeur.

Elle a commencé par ses cheveux. Elle les a coupés, rasés, défrisés, lissés, tressés, tissés, cachés

sous des cheveux brésiliens qu’elle porte tous les jours. Elle a dépensé des fortunes pour s’acheter

des perruques de toutes les couleurs, de toutes les longueurs, de toutes les textures. Elle a renoncé à

la splendeur de ses cheveux crépus, frisés, ondulés. Elle a renié la beauté de ses cheveux naturels, la

richesse de sa coiffure traditionnelle, la diversité de sa culture capillaire.

Elle a poursuivit par sa peau. Elle a utilisé des produits éclaircissant, des savons décapants des

injections de glutathion, des lotions blanchissantes. Elle a appliqué ces produits chimiques sur son

visage, son cou, ses bras, ses jambes. Elle a brûlé son épiderme, irrité son derme, endommagé son

hypoderme Juste pour se débarrasser de sa couleur noire, de sa mélanine, de son identité. Elle a

abîmé sa peau, sa santé, son âme. Elle a oublié la noblesse de sa peau noire, la force de son histoire,

la grandeur de son héritage. Elle a perdu son teint éclatant, sa couleur chaude, sa pigmentation

unique.

Elle a continué par ses ongles. Elle les a limés, coupés, recouverts de faux ongles en plastique ou en

gel. Elle a choisi des couleurs vives, des motifs extravagants, des paillettes et des strass. Elle a

oublié la beauté naturelle de ses mains, la douceur de sa peau, la finesse de ses doigts. Rends toi

compte cher beau père que j’ai failli ne pas reconnaître ta fille un jour parce qu’elle avait enduit son

visage d’une poudre qu’elle a appelé make-up, sans omettre qu’elle s’était au préalable rasé les sourcils et les remplacer par un tracé de crayon. qu’elle magnifique idée ?

Cher beau père, même son alimentation n’a pas résisté au changement, Elle a banni les plats

traditionnels de son alimentation, les épices de penja, les fruits de manjo. L’avocat de mbouda, les

pommes de terre de bafou, l’huile rouge de bafang, Elle a consommé des hamburgers, des pizzas,

des sushis. perdu de la forme. Elle a changé sa façon de marcher, de parler et même de rire. Elle a

imité les gestes stéréotypés, les accents forcés, les rires artificiels.

Elle a fini par son nom. Elle a changé son nom de famille, celui que tu lui as donné avec amour,

celui qui signifie quelque chose dans notre langue, celui qui porte une histoire, une valeur, une

bénédiction. Elle trouve que les mvondo, ebongué, tchoupa, ntamak, kenfack, talla, kengne, sont

des noms villageois, Elle a adopté un nom occidental, un nom banal, un nom vide de sens, un nom

qui ne lui correspond pas parce qu’elle trouve cela moderne, elle préfère s’appeler lady ponce,

croqueuse de diamant, coco argenté, latis diva, fleur de l’ange, DE la brousse, du château, dupont,

de la mare, jackson, Michael parce que leur seule évocation montre qu’on se rapproche de la

civilisation,

chers beau père Ta fille s’est perdue en chemin. beau père. En chemin vers une illusion, une

chimère, une utopie. En chemin vers une fausse image d’elle-même, une image imposée par les médias, la mode, la société. En chemin vers une négation de son être profond, de son essence

originelle, de son âme africaine.Elle s’est vraiment perdue en chemin. En chemin vers une identité

qui n’existe pas. En chemin vers une acceptation qui ne vient pas. En chemin vers une liberté qui se

paye cher.

Elle se regarde dans le miroir et ne se reconnaît plus. Elle a tout changé, tout effacé, tout renié. Elle

a voulu ressembler à celles qu’elle voit à la télévision, dans les magazines, sur les réseaux sociaux.

Elle a voulu plaire à ceux qui ne l’aiment pas pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle n’est pas.

Elle s’est oubliée en route. En route vers une destination qui n’est pas la sienne. En route vers un

rêve qui n’est pas le sien. En route vers une vie qui n’est pas la sienne.

Elle n’est plus heureuse, beau père. Ta fille n’est pas non plus malheureuse. Elle est juste

indifférente, apathique, résignée. Elle ne sourit plus comme avant, elle ne rit plus comme avant, elle

ne vit plus comme avant tout simplement.

Nous vivons ensemble, pourtant elle me manque, beau père. Ta fille me manque. Mon âme sœur me

manque. L’africaine que je suis venu chercher chez toi me manque. La mangeuse de taro sauce

jaune, d’okok, de ndolet, de couscous nkui, la mangeuse de kahtikahti, du mbol, du sanga, du

mbongo me manque, Elle s’est transformée en une autre. Une autre qui n’est ni elle-même ni celle

qu’elle voulait être. Une autre qui n’est ni belle ni laide. Une autre qui n’est ni heureuse ni

malheureuse.

Je t’en prie, beau père, reviens chercher ta fille. Si seulement tu arrives à là reconnaître. Reviens s’il

est encore temps sauver ta fille, beau père reviens lui parler, pour lui dire que tu l’aimes comme

elle est, si cela peut freiner sa course vers la transformation, reviens pour lui rappeler qui elle est.

Reviens-nous pour la sauver, pour la guérir, pour la réveiller..

Ton beau fils qui t’aime.

Piment noir, le médecin des cœurs brisés