Yaoundé, capitale camerounaise en pleine expansion démographique, franchit une étape importante dans la modernisation de son secteur des transports urbains. Le 25 juin 2026, le maire Luc Messi Atangana a signé un arrêté historique rendant obligatoire l’enregistrement numérique des taxis opérant dans la ville. Cette initiative, portée par la Communauté urbaine de Yaoundé avec le soutien technique de la GIZ (coopération allemande), vise à encadrer un secteur largement informel et à renforcer la sécurité, la traçabilité et l’efficacité des déplacements urbains.
Avec plus de 4 millions d’habitants, Yaoundé compte sur une flotte de taxis jaunes, principal moyen de déplacement quotidien pour des milliers de citoyens. Pourtant, le manque de régulation a longtemps favorisé les fraudes, les accidents et une gestion opaque des licences. La nouvelle plateforme Taxi-Yaoundé.com devient ainsi le socle d’une révolution numérique dans le transport urbain africain.
Chaque conducteur enregistré recevra un QR code personnel, tandis que chaque véhicule se verra attribuer un numéro de portière unique. Ces identifiants, remplaçant les anciennes plaques d’immatriculation peu fiables, permettront une traçabilité en temps réel des taxis et de leurs conducteurs. Les données collectées – pièces d’identité, titres de transport, assurances, visites techniques – seront centralisées dans une base sécurisée, accessible uniquement aux autorités habilitées.
Cette réforme s’inscrit dans le cadre du Projet de mobilité urbaine de Yaoundé, soutenu par des partenaires internationaux. L’objectif ? Limiter les fraudes, faciliter les contrôles policiers, et améliorer la planification des politiques de transport. Une avancée pour une ville où la congestion et l’insécurité routière restent des préoccupations quotidiennes.
Le secteur des taxis à Yaoundé souffrait d’un manque criant de transparence. Certains véhicules circulaient sans licence, des conducteurs non déclarés opéraient en toute impunité, et les passagers étaient souvent livrés à eux-mêmes face à des prestataires non identifiés. Avec ce système numérique, la ville mise sur :
- Une meilleure protection des usagers : identification claire des conducteurs et véhicules.
- Une lutte contre l’informel : seuls les taxis enregistrés et conformes aux normes pourront circuler.
- Une optimisation des recettes communales : les données permettront une collecte fiscale plus efficace.
- Une réduction des accidents et des litiges grâce à un suivi rigoureux des véhicules.
« Cette réforme est un pas décisif vers une mobilité urbaine plus sûre et plus organisée. En identifiant clairement chaque acteur du secteur, nous protégeons à la fois les taximen et les usagers. »
Luc Messi Atangana, Maire de Yaoundé
Les opérations d’enregistrement débuteront le 3 juillet 2026 et s’achèveront le 5 octobre 2026. Les propriétaires et conducteurs de taxis jaunes devront se présenter dans les services de la Communauté urbaine ou les mairies d’arrondissements avec l’ensemble des documents requis : pièce d’identité, licence de transport, carte grise, assurance et visite technique.
Passé ce délai, tout taxi non enregistré circulant dans Yaoundé sera systématiquement mis en fourrière, conformément à l’arrêté municipal. Une mesure radicale, mais nécessaire pour garantir l’efficacité de la réforme. Les autorités espèrent ainsi enregistrer plus de 80% des taxis de la ville d’ici la fin de l’année.
Yaoundé n’est pas la seule ville africaine à se doter d’outils numériques pour réguler ses transports. Au Cameroun, le secteur des motos-taxis, autre pilier de la mobilité urbaine, bénéficie déjà de solutions similaires, comme la plateforme SICOS MOTORS. Ce système d’identification et de géolocalisation, développé par l’entreprise locale Piasoft Dek, permet de recenser conducteurs et véhicules, sécuriser les recettes communales et améliorer la sécurité publique.
Cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus large en Afrique, où les grandes métropoles adoptent des solutions digitales pour moderniser leurs transports. Du Rwanda à l’Afrique du Sud, en passant par le Sénégal, les gouvernements misent sur la technologie pour répondre aux défis de l’urbanisation galopante. Yaoundé, avec son identifiant unique pour les taxis, pourrait bien devenir un modèle pour le continent.
Pour les citoyens, cette réforme est une promesse de mobilité plus sûre et plus fluide. Pour les autorités, c’est l’occasion de structurer un secteur clé de l’économie informelle. Et pour les partenaires internationaux, comme la GIZ, c’est la preuve que l’Afrique peut innover pour résoudre ses propres défis.
Yaoundé montre la voie en Afrique centrale avec cette réforme audacieuse. En digitalisant son parc de taxis, la capitale camerounaise ne se contente pas de suivre une tendance mondiale : elle pose les bases d’une mobilité urbaine plus responsable, sécurisée et inclusive. L’identifiant numérique unique n’est pas qu’un outil administratif , c’est un levier de transformation sociale.
Alors que le compte à rebours pour l’enregistrement a commencé, une question reste en suspens : cette révolution numérique suffira-t-elle à absorber les défis d’une ville en pleine mutation ?
