SOCADEL face au défi du redressement : entre exigences gouvernementales, impératifs financiers et attentes des consommateurs
À Douala, la première évaluation du programme d’urgence de SOCADEL a pris des allures de rendez-vous décisif pour l’avenir du secteur électrique camerounais. Devant une équipe dirigeante appelée à transformer les engagements en performances concrètes, le ministre de l’Eau et de l’Énergie Gaston Eloundou ESSOMBA a fixé le cap : assainir les finances, restaurer la confiance des investisseurs et améliorer durablement la qualité du service public. Entre reconnaissance des efforts accomplis et appel à une mobilisation accrue, le message est sans équivoque : le temps des résultats est venu.
Un rendez-vous de vérité pour le secteur électrique
Le secteur de l’électricité camerounais aborde une étape déterminante de sa transformation. Longtemps confronté à des déséquilibres financiers structurels, à des difficultés de recouvrement, à la fraude et à une qualité de service encore insuffisante, il se trouve aujourd’hui face à une double exigence : retrouver sa viabilité économique et répondre aux besoins croissants des populations et des entreprises. C’est dans ce contexte que le ministre de l’Eau et de l’Énergie a conduit, à Douala, une mission d’évaluation des premières actions engagées par la nouvelle équipe dirigeante de SOCADEL, installée le 8 mai 2026.
Loin d’une simple visite de courtoisie, cette rencontre a constitué un véritable exercice de redevabilité, au cours duquel les responsables de l’entreprise ont été appelés à présenter les avancées enregistrées, les difficultés et les perspectives de redressement. Dès son allocution de bienvenue, le Directeur général de SOCADEL le Professeur Oumarou Hamandjoda a tenu à rappeler la portée de cet exercice : « Ces cent jours ne sont pas une promesse de solution miracle. » Une formule qui traduit la volonté de situer les premières actions dans un processus de transformation nécessairement progressif. le Professeur Oumarou Hamandjoda a également précisé les objectifs de la rencontre : « Vous rendre compte des actions engagées et des premiers résultats obtenus ; mesurer avec vous le chemin parcouru depuis notre prise de fonction, comme celui qui reste à parcourir ; et enfin recueillir vos orientations pour la suite de notre action. » Trois ambitions qui résument l’esprit de cette première évaluation : rendre compte, mesurer les progrès et définir les prochaines étapes.
Une feuille de route sous haute surveillance
La restructuration de la SOCADEL s’inscrit dans les orientations stratégiques définies par le Chef de l’État, Son Excellence Paul Biya, en faveur de la modernisation du secteur énergétique et de l’émergence du Cameroun à l’horizon 2035. À son installation, la nouvelle équipe dirigeante s’est vu assigner une feuille de route comportant plusieurs objectifs chiffrés, notamment le refinancement de la dette, la lutte contre la fraude, l’élargissement de la clientèle industrielle, l’amélioration des recouvrements et la réduction des charges opérationnelles. Dans son discours d’ouverture, le ministre a rappelé la philosophie de cette démarche : « Ces cent jours constituent une période suffisamment longue pour observer les premières tendances, mais suffisamment courte pour rappeler que nous sommes encore au début d’un processus de transformation. » Une manière de reconnaître que les réformes structurelles exigent du temps, sans pour autant exonérer les responsables de leur obligation de résultats.
Le ministre Gaston Eloundou ESSOMBA a d’ailleurs précisé : « C’est pourquoi j’attends de vous franchise et rigueur dans la présentation de votre bilan. » Cette exigence de transparence apparaît comme l’un des piliers de la nouvelle gouvernance recherchée.
La fraude, un manque à gagner qui fragilise tout le secteur
Parmi les défis les plus préoccupants figure la fraude à l’électricité, dont les conséquences financières pèsent lourdement sur l’équilibre du secteur. Les pertes commerciales correspondantes sont estimées à plus de 60 milliards de francs CFA par an, selon les chiffres évoqués lors de la séance d’évaluation. Face à cette situation, le Gouvernement attend des résultats mesurables, avec un objectif initial d’au moins 500 millions de francs CFA de gains mensuels. Dans son discours d’ouverture, le ministre a insisté sur la nécessité d’une stratégie rigoureuse :
« J’attends de vous un point détaillé sur la stratégie de lutte contre la fraude et les gains mensuels déjà enregistrés. »
Au-delà des contrôles et des sanctions, cette bataille suppose une transformation des pratiques commerciales, un meilleur suivi de la consommation et une responsabilisation accrue de l’ensemble des acteurs.
Elle constitue surtout une source potentielle de revenus supplémentaires, à un moment où chaque franc recouvré peut contribuer à améliorer la trésorerie de l’entreprise.
Restaurer l’équilibre financier pour rassurer les investisseurs
Le redressement de SOCADEL ne peut être dissocié de celui de l’ensemble du secteur électrique camerounais.
Les difficultés financières de l’entreprise affectent directement sa capacité à honorer ses engagements envers ses fournisseurs, les producteurs indépendants et les opérateurs du transport de l’électricité. Le ministre a résumé cette interdépendance à travers une déclaration particulièrement significative : « Ces chiffres ne sont pas de simples indicateurs comptables. » Derrière les montants annoncés se joue en effet la crédibilité économique de toute la chaîne de production, de transport et de distribution. Le programme de restructuration prévoit le refinancement de la dette bancaire, avec des économies mensuelles attendues de 2,5 milliards de francs CFA sur le capital et de 200 millions sur les intérêts. À cela s’ajoutent la réduction des charges compressibles et l’amélioration du recouvrement des factures, notamment celles des entités publiques.
Dans sa déclaration à l’issue des travaux, Gaston Eloundou ESSOMBA a rappelé l’engagement de l’État : « L’État s’est engagé à balayer devant sa propre cour. » Cette expression illustre la volonté gouvernementale de montrer l’exemple en améliorant le règlement des consommations électriques des structures publiques. L’objectif est clair : créer les conditions d’un fonctionnement financier plus sain, capable de rassurer les banques, les investisseurs et les partenaires techniques et financiers.
Production électrique : le défi des années 2027-2030
Si le redressement financier constitue une urgence immédiate, l’avenir du secteur dépend également de sa capacité à anticiper l’évolution de la demande nationale.
Sur ce point, les projections présentées par le ministre appellent à une mobilisation rapide.
« Dès 2027, on affichera déjà un déficit de l’ordre de 130 mégawatts et ce déficit va continuer à augmenter pour atteindre pratiquement les 500 à 600 mégawatts à l’horizon 2030. »
Ces chiffres mettent en évidence l’ampleur des investissements à consentir pour éviter que les contraintes actuelles ne s’aggravent au cours des prochaines années. Le Gouvernement entend encourager une participation accrue du secteur privé à la production électrique. Mais cette ambition suppose de restaurer la confiance des producteurs indépendants déjà engagés dans le pays. Évoquant particulièrement l’aménagement hydroélectrique de Nachtigal, le ministre a insisté sur l’importance du règlement régulier des factures : « Il faut pouvoir payer régulièrement les factures de Nachtigal et Globeleq si on veut intéresser les autres producteurs indépendants. » Le message est stratégique. Un secteur qui peine à honorer ses engagements financiers risque de décourager les nouveaux investissements dont il a pourtant impérativement besoin.
Transport de l’électricité : la SONATREL au cœur des enjeux
La question de la production ne saurait être abordée indépendamment de celle du transport.
À cet égard, le ministre a rappelé une évidence trop souvent reléguée au second plan : « Produire beaucoup d’énergie, oui, c’est bien, mais il faut aussi transporter cette énergie et l’amener à bon port. » Cette déclaration souligne l’importance des investissements dans les lignes à haute tension, les postes de transformation et les infrastructures d’évacuation de l’énergie. La SONATREL apparaît ainsi comme un acteur central de la modernisation du système électrique national.
Toutefois, ses capacités d’investissement restent étroitement liées aux ressources financières qui lui sont effectivement reversées. L’amélioration des paiements au sein du secteur devient donc une condition essentielle pour permettre à l’entreprise de développer les infrastructures indispensables à la sécurité de l’approvisionnement électrique.
Qualité de service : le véritable juge de la réforme
Au-delà des réformes institutionnelles et financières, une question demeure au centre des préoccupations : quand les consommateurs ressentiront-ils concrètement les effets du redressement ?
Car pour les ménages, les commerçants et les industriels, l’efficacité d’une politique énergétique se mesure d’abord à la disponibilité de l’électricité. Sur ce terrain, le ministre n’a pas éludé les difficultés.
À l’issue de la séance d’évaluation, il a reconnu les efforts accomplis par les équipes de SOCADEL, tout en relevant : « Vous avez beaucoup travaillé, mais il faut faire mieux, parce que les plaintes sont encore là. »
Une observation qui rappelle que les avancées administratives ou financières ne sauraient constituer, à elles seules, une réussite. Les interruptions de fourniture, les réclamations des usagers et les difficultés de raccordement continuent d’alimenter les attentes des consommateurs.
L’amélioration de la qualité du service devra donc accompagner, de manière visible, le redressement financier.
La migration progressive des compteurs postpayés vers le prépayé, la digitalisation des opérations, le renforcement de la lutte contre la fraude et l’optimisation des interventions techniques sont autant de leviers susceptibles d’y contribuer.
Une première évaluation, mais surtout un nouveau départ
À l’issue des travaux tenus à huis clos, le ministre a reconnu les efforts engagés par la nouvelle équipe dirigeante, tout en appelant à une accélération des réformes. Le bilan présenté ne constitue donc ni un aboutissement ni un satisfecit définitif. Il ouvre plutôt une nouvelle phase, placée sous le signe du suivi des performances et de la responsabilisation. Dans son discours d’ouverture, le ministre avait déjà annoncé : « Là où les résultats sont au rendez-vous, nous les consoliderons. Là où subsistent des blocages, nous les lèverons ensemble avec détermination. »
Les recommandations issues de cette première évaluation devront être intégrées dans un plan d’action réajusté, assorti d’échéances précises et de responsables identifiés. Le ministre a également annoncé qu’il suivrait personnellement l’exécution des mesures retenues. En clôturant les travaux, il a livré une appréciation qui résume à elle seule la portée de cette rencontre : « Le Gouvernement a pris acte de ce qui a été fait, mais il constate que les efforts restent insuffisants. » Une déclaration qui traduit une double posture : reconnaître le travail accompli et maintenir la pression sur les objectifs à atteindre.
Le temps de la responsabilité collective
Le Cameroun ne pourra concrétiser ses ambitions industrielles et économiques sans un secteur électrique performant, financièrement équilibré et capable d’accompagner durablement la croissance. La restructuration de SOCADEL constitue à cet égard une étape importante, mais elle ne saurait réussir sans une mobilisation cohérente de l’ensemble des acteurs : pouvoirs publics, dirigeants d’entreprises, producteurs indépendants, transporteurs, partenaires financiers et consommateurs. La responsabilité de la nouvelle équipe dirigeante est considérable. Elle doit transformer une feuille de route ambitieuse en résultats tangibles, tout en restaurant progressivement la confiance des usagers.
Celle de l’État l’est tout autant : assurer la cohérence des réformes, honorer ses engagements et créer un environnement favorable aux investissements. Quant aux partenaires privés, leur mobilisation dépendra largement des signaux de crédibilité financière et de stabilité envoyés par le secteur. L’heure n’est donc plus aux seules déclarations d’intention. Elle est à la discipline de gestion, à la rigueur dans l’exécution et à la culture du résultat.
Car derrière les milliards de francs CFA à mobiliser, les mégawatts à produire et les infrastructures à construire, se joue une ambition nationale : faire de l’électricité un véritable moteur de développement.
Et si cette première évaluation a permis de mesurer le chemin parcouru, elle a surtout rappelé l’étendue de celui qui reste à accomplir. Le véritable succès de la réforme ne se mesurera pas seulement à l’équilibre retrouvé des comptes, mais à la capacité du Cameroun à garantir une électricité disponible, fiable et accessible, au service de ses populations et de son économie.
Flaubert TCHOUPA
