Sécheresses, inondations, récoltes menacées, hausse possible des prix alimentaires : un phénomène climatique né dans l’océan Pacifique pourrait avoir des répercussions considérables sur le continent africain. Alors que les scientifiques annoncent un épisode El Niño particulièrement puissant, une question se pose : les pays africains disposent-ils des moyens nécessaires pour en limiter les conséquences ?

Audace Magazine | Environnement et économie | 19 octobre 2026

Un phénomène à des milliers de kilomètres qui concerne directement l’Afrique

À première vue, ce qui se passe dans les eaux de l’océan Pacifique, entre l’Amérique du Sud et l’Asie, semble bien éloigné des préoccupations quotidiennes des populations africaines.

Pourtant, les changements de température observés dans cet immense océan peuvent modifier les régimes de pluie à travers le monde, perturber les récoltes, affecter les prix des denrées alimentaires et fragiliser des économies entières.

C’est précisément ce qui inquiète aujourd’hui les climatologues.

Le 8 octobre 2026, l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) a confirmé que le phénomène El Niño continuait de se renforcer.

Selon ses dernières prévisions, la probabilité que cet épisode atteigne une intensité historique entre octobre et décembre 2026 est estimée à 83 %, sur la base d’un indice climatique permettant de comparer les événements depuis 1950.

Les scientifiques envisagent ainsi un épisode susceptible de rivaliser avec les plus puissants jamais observés depuis le milieu du XXe siècle.

La NOAA estime également qu’un El Niño fort à très fort devrait persister jusqu’au premier trimestre 2027, avec une probabilité supérieure à 83 %. Climate Prediction Center

Ces chiffres sont importants. Mais ils ne signifient pas que des catastrophes se produiront nécessairement dans toutes les régions du monde.

Ils indiquent surtout que les conditions climatiques deviennent favorables à des perturbations dont les conséquences peuvent être importantes.

Pour l’Afrique, où une partie considérable de l’agriculture dépend directement des précipitations, cette évolution mérite une attention particulière.

El Niño : comment un océan peut-il modifier le climat de toute la planète ?

Pour comprendre ce phénomène, il faut imaginer l’océan Pacifique comme une immense réserve d’eau chaude.

En temps normal, des vents réguliers, appelés alizés, poussent les eaux chaudes de surface vers l’Asie et l’Australie. Du côté de l’Amérique du Sud, des eaux plus froides remontent des profondeurs.

Mais certaines années, ces vents s’affaiblissent.

L’eau chaude se déplace alors davantage vers le centre et l’est du Pacifique. Ce changement modifie les échanges de chaleur et d’humidité entre l’océan et l’atmosphère.

Les conséquences peuvent se faire sentir bien au-delà du Pacifique.

Dans certaines régions, les pluies deviennent plus abondantes. Dans d’autres, elles diminuent. Les températures peuvent également être affectées.

Ce phénomène naturel porte le nom d’El Niño.

Il apparaît de manière irrégulière, généralement tous les deux à sept ans, et constitue l’une des principales sources de variabilité naturelle du climat mondial.

Il ne faut toutefois pas le confondre avec le réchauffement climatique.

El Niño est un phénomène naturel, qui existait bien avant l’industrialisation. Le changement climatique, lui, correspond à une augmentation durable de la température moyenne de la planète, principalement provoquée par les émissions humaines de gaz à effet de serre.

Les deux phénomènes peuvent néanmoins se conjuguer.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) explique que le réchauffement des océans et de l’atmosphère peut amplifier certaines conséquences des événements météorologiques extrêmes, notamment les vagues de chaleur et les fortes précipitations. World Meteorological Organization

Autrement dit, El Niño peut modifier les conditions météorologiques pendant plusieurs mois, tandis que le réchauffement climatique transforme progressivement les conditions dans lesquelles ces événements se produisent.

L’Afrique n’est pas exposée de manière uniforme

Il serait trompeur d’affirmer que l’ensemble du continent africain connaîtra une sécheresse ou des inondations à cause d’El Niño.

L’Afrique possède plusieurs grandes zones climatiques, et les effets du phénomène varient selon les régions et les saisons.

Afrique de l’Est : des pluies abondantes, mais aussi des risques d’inondation

Le Kenya, la Somalie, l’Éthiopie, l’Ouganda, la Tanzanie, le Rwanda et le Burundi figurent parmi les pays où les effets d’El Niño peuvent être particulièrement sensibles.

Dans plusieurs de ces territoires, le phénomène est historiquement associé à des précipitations supérieures à la normale pendant la saison des pluies d’octobre à décembre.

Cette année, les prévisions officielles confirment cette possibilité.

Le 19 août 2026, l’OMM a publié les conclusions des prévisions climatiques régionales établies avec le Centre de prévision et d’applications climatiques de l’IGAD (ICPAC).

Selon ces prévisions, certaines parties du sud de l’Éthiopie, du centre et du sud de la Somalie ainsi que du nord-est du Kenya présentent une probabilité atteignant 90 % de connaître des précipitations supérieures à la normale.

Ces pluies peuvent constituer une bonne nouvelle pour les éleveurs et les agriculteurs lorsque les réserves d’eau sont insuffisantes.

Mais elles présentent aussi des dangers.

Des précipitations excessives peuvent provoquer des inondations, détruire des cultures, endommager les routes et les ponts ou favoriser certaines maladies transmises par l’eau et les moustiques.

L’OMM souligne ainsi que l’augmentation attendue des pluies pourrait simultanément améliorer les pâturages et accroître les risques humanitaires. World Meteorological Organization

Pour les gouvernements concernés, le défi consiste donc à anticiper les deux faces du phénomène : tirer profit de l’eau supplémentaire tout en protégeant les populations contre ses excès.

Afrique australe : le spectre de nouvelles sécheresses

La situation pourrait être différente en Afrique australe.

L’Afrique du Sud, le Zimbabwe, la Zambie, le Botswana et plusieurs pays voisins connaissent historiquement un risque accru de déficit pluviométrique pendant certains épisodes El Niño.

La diminution des pluies peut avoir des conséquences directes sur les récoltes de maïs, une céréale essentielle à l’alimentation de millions de personnes.

Elle peut également réduire les réserves d’eau utilisées pour l’irrigation, l’approvisionnement des villes et la production hydroélectrique.

Les prévisions saisonnières publiées en 2026 par l’International Research Institute for Climate and Society (IRI) indiquent une probabilité accrue de précipitations inférieures à la normale dans certaines parties de l’Afrique australe, notamment en Afrique du Sud, pendant la période d’octobre à décembre. IRI Climate & Society

Il ne s’agit pas d’une annonce de sécheresse généralisée.

Ces prévisions signalent un risque accru, dont l’ampleur réelle dépendra de l’évolution des conditions météorologiques locales.

Afrique de l’Ouest et Sahel : une situation plus complexe

Pour des pays comme le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Nigeria, la Côte d’Ivoire ou le Ghana, les conséquences d’El Niño ne peuvent pas être résumées à une seule prévision.

Les relations entre le phénomène et les précipitations sont plus complexes et varient selon les régions et les périodes de l’année.

Le Sahel, par exemple, possède une saison des pluies principalement concentrée entre juin et septembre.

L’évolution d’El Niño pendant les derniers mois de 2026 ne signifie donc pas automatiquement que les récoltes sahéliennes de 2027 seront mauvaises.

Des prévisions régionales spécifiques seront nécessaires pour évaluer les risques de la prochaine saison agricole.

En revanche, même lorsqu’un pays n’est pas directement touché par une anomalie climatique importante, il peut subir les conséquences économiques de perturbations survenues ailleurs.

C’est particulièrement vrai pour les marchés alimentaires.

Le cacao, le café et les céréales : quand le climat menace les revenus africains

L’Afrique occupe une place essentielle dans plusieurs marchés agricoles internationaux.

La Côte d’Ivoire et le Ghana figurent notamment parmi les principaux producteurs mondiaux de cacao.

Le café représente également une source importante de revenus pour plusieurs pays d’Afrique de l’Est.

Or, les productions agricoles dépendent de conditions climatiques relativement précises.

Une période de sécheresse prolongée, des pluies excessives ou une modification du calendrier des saisons peuvent affecter les rendements.

Les conséquences dépassent alors les exploitations agricoles.

Lorsque la production diminue, les revenus des producteurs peuvent être fragilisés. Les entreprises de transformation rencontrent parfois des difficultés d’approvisionnement et les prix internationaux peuvent évoluer.

Toutefois, une hausse des prix mondiaux ne garantit pas une amélioration des revenus des agriculteurs.

Un producteur qui récolte beaucoup moins peut gagner moins d’argent, même lorsque le prix de vente augmente.

Il faut également rappeler que les cours agricoles dépendent d’autres facteurs : stocks disponibles, politiques commerciales, demande internationale, coûts de transport et conditions économiques.

El Niño représente donc un facteur de risque supplémentaire, et non une explication unique des fluctuations de prix.

Le Cameroun est-il concerné ?

Pour le Cameroun, les conséquences potentielles méritent d’être examinées sous plusieurs angles.

Le pays possède une diversité climatique importante, depuis les régions humides du littoral jusqu’aux zones plus sèches du Grand Nord.

Les risques ne sont donc pas identiques à Douala, Yaoundé, Garoua ou Maroua.

Il serait scientifiquement imprudent d’affirmer, sur la seule base des prévisions mondiales d’El Niño, que le Cameroun connaîtra nécessairement des inondations exceptionnelles ou une sécheresse majeure.

En revanche, plusieurs secteurs économiques présentent des vulnérabilités qu’il convient de surveiller.

L’agriculture, d’abord. Des perturbations du calendrier des pluies peuvent compliquer les semis, favoriser certaines maladies des cultures ou réduire les rendements.

L’énergie, ensuite. Une partie de la production électrique camerounaise dépend de ressources hydroélectriques. Des variations importantes des apports en eau peuvent influencer les conditions d’exploitation des barrages, même si les conséquences dépendent aussi des capacités de stockage et de la gestion du réseau.

Les transports et les infrastructures, également. Dans les zones urbaines exposées aux inondations, des pluies intenses peuvent perturber la circulation, endommager les routes et affecter les activités commerciales.

Enfin, le pouvoir d’achat des ménages pourrait être touché indirectement par des variations de prix sur les marchés internationaux.

Pour déterminer les risques précis au Cameroun, il faudra cependant s’appuyer sur les bulletins de la Direction de la météorologie nationale et les prévisions climatiques régionales adaptées à l’Afrique centrale.

La présence d’un El Niño puissant ne constitue pas, à elle seule, une prévision météorologique locale.

La sécurité alimentaire : une inquiétude majeure pour 2027

L’une des principales préoccupations concerne l’alimentation.

Dans de nombreux pays africains, une mauvaise saison agricole ne représente pas seulement une baisse des revenus des producteurs. Elle peut avoir des conséquences sur l’ensemble de la population.

Lorsqu’une récolte de maïs, de riz ou d’autres céréales diminue fortement, les quantités disponibles sur les marchés peuvent se réduire.

Si l’offre devient insuffisante, les prix risquent d’augmenter.

Les ménages les plus modestes sont généralement les premiers touchés, car l’alimentation représente une part importante de leurs dépenses.

L’expérience récente de l’Afrique australe montre que ces risques ne sont pas théoriques.

En juillet 2024, l’UNICEF alertait sur les conséquences d’une grave sécheresse liée aux conditions El Niño. Plusieurs pays, dont la Zambie, le Zimbabwe, le Malawi et la Namibie, avaient déclaré des situations de catastrophe alimentaire.

L’organisation estimait alors que plus de 270 000 enfants risquaient de souffrir de malnutrition aiguë sévère dans les six pays les plus affectés. UNICEF Global

Ce précédent ne permet pas de prédire une catastrophe similaire en 2027. Il démontre cependant qu’un épisode climatique peut rapidement devenir une crise alimentaire lorsque les populations disposent de peu de réserves et de moyens financiers limités.

L’enjeu est d’autant plus important que les conséquences agricoles peuvent se prolonger après la disparition du phénomène climatique.

Une famille qui perd ses récoltes peut également perdre les ressources nécessaires pour acheter les semences de la saison suivante.

C’est ainsi qu’une perturbation météorologique de quelques mois peut provoquer des difficultés économiques pendant plusieurs années.

Des conséquences possibles sur le commerce et le coût de la vie

Les effets économiques d’El Niño ne se limitent pas à l’agriculture.

Le phénomène peut également perturber certaines activités maritimes et commerciales à l’échelle internationale.

La transcription de la vidéo qui a inspiré cette enquête évoque notamment les difficultés rencontrées par le canal de Panama, dont le fonctionnement dépend des réserves d’eau douce.

Lorsque les précipitations sont insuffisantes, les autorités du canal peuvent être contraintes de limiter le passage des navires.

Cela peut obliger certaines compagnies maritimes à modifier leurs itinéraires, avec des conséquences potentielles sur les délais et les coûts de transport.

Pour les économies africaines qui importent des produits alimentaires, des équipements industriels ou des biens manufacturés, les perturbations du commerce mondial constituent un risque indirect.

Toutefois, il serait excessif d’attribuer automatiquement une future hausse des prix en Afrique à El Niño.

Les coûts du transport maritime dépendent également du prix du carburant, des tensions géopolitiques, de la demande internationale et des capacités logistiques.

Le risque réside surtout dans l’accumulation de plusieurs difficultés au même moment.

Une mauvaise récolte dans une région du monde, associée à des perturbations du transport et à des tensions sur les marchés énergétiques, pourrait accentuer les pressions sur les prix.

Pour les pays africains fortement dépendants des importations, cette combinaison mérite une surveillance attentive.

2027 pourrait-elle devenir une année de chaleur exceptionnelle ?

L’une des hypothèses les plus préoccupantes évoquées dans la vidéo concerne les températures mondiales en 2027.

Les épisodes El Niño puissants peuvent contribuer à une augmentation temporaire de la température moyenne mondiale.

Ce mécanisme a notamment joué un rôle dans les températures exceptionnellement élevées observées pendant certains épisodes précédents.

L’OMM rappelle ainsi que l’événement El Niño de 2023-2024, combiné au réchauffement climatique provoqué par les activités humaines, a contribué au record de chaleur enregistré en 2024. World Meteorological Organization

Un nouvel épisode puissant pourrait donc favoriser des températures mondiales élevées en 2027.

Mais plusieurs affirmations spectaculaires circulant sur les réseaux sociaux doivent être considérées avec prudence.

La transcription transmise à Audace Magazine évoque notamment une année 2027 qui présenterait des conditions thermiques comparables à celles attendues plusieurs décennies plus tard, ainsi qu’une projection de centaines de milliers de décès supplémentaires liés à la chaleur.

Ces affirmations nécessitent l’identification et l’examen des études scientifiques originales avant de pouvoir être présentées comme des résultats établis.

À ce stade, les prévisions officielles consultées confirment un El Niño particulièrement intense, mais elles ne permettent pas d’affirmer que 2027 reproduira exactement les conditions climatiques attendues en 2047, ni de retenir un bilan mondial précis de mortalité.

La distinction est essentielle.

Une prévision scientifique décrit une évolution possible, avec une certaine marge d’incertitude. Elle ne constitue pas une certitude sur les événements à venir.

En revanche, les risques sanitaires associés aux fortes chaleurs sont bien documentés.

Ils concernent notamment les personnes âgées, les enfants, les travailleurs exposés au soleil et les populations vivant dans des logements mal ventilés.

Dans les grandes villes africaines, où l’urbanisation rapide s’accompagne parfois d’un manque d’espaces verts, ces risques peuvent être aggravés par la concentration de chaleur dans les quartiers densément construits.

L’Afrique dispose-t-elle des moyens nécessaires pour anticiper ?

Au-delà des prévisions climatiques, la question fondamentale concerne la capacité des États à protéger leurs populations.

Car connaître un risque ne suffit pas.

Encore faut-il pouvoir prévenir les habitants, organiser les secours, protéger les infrastructures et accompagner les agriculteurs.

Les chiffres publiés par l’Organisation météorologique mondiale montrent l’ampleur du défi.

Dans son rapport sur l’état du climat en Afrique, publié le 18 juin 2026, l’OMM estime qu’au moins 13 millions de personnes ont été affectées par des événements météorologiques et climatiques extrêmes sur le continent en 2025.

Ces événements ont également provoqué plus de 3 000 décès signalés.

Le même rapport indique que seulement environ 40 % des pays africains disposent de systèmes d’alerte précoce multirisques. World Meteorological Organization

Ces chiffres révèlent une vulnérabilité préoccupante.

Mais ils montrent aussi l’importance des investissements dans les services météorologiques, les infrastructures et la prévention.

Une prévision de fortes pluies peut permettre d’anticiper l’évacuation d’une zone inondable.

Une alerte de sécheresse peut aider les autorités à adapter les calendriers agricoles ou à constituer des réserves alimentaires.

Des informations climatiques fiables peuvent également permettre aux gestionnaires des barrages de mieux planifier l’utilisation des ressources en eau.

La prévention possède ainsi une dimension économique aussi importante que sa dimension humanitaire.

Une mobilisation africaine déjà engagée

Les pays africains ne sont pas restés inactifs.

Du 2 au 4 septembre 2026, des représentants de plusieurs États et organisations internationales se sont réunis à Addis-Abeba, en Éthiopie, à l’occasion du Forum africain sur les systèmes d’alerte précoce.

Cette rencontre a débouché sur un appel à renforcer les dispositifs permettant d’anticiper les catastrophes.

Les participants ont notamment insisté sur la nécessité de développer les réseaux d’observation, d’améliorer les prévisions et de garantir que les alertes parviennent réellement aux populations concernées.

L’initiative internationale Early Warnings for All, portée par les Nations unies, vise une couverture universelle par des systèmes d’alerte précoce d’ici 2027. World Meteorological Organization

Cette ambition représente une occasion importante pour les pays africains.

Mais elle soulève également la question des moyens financiers.

Installer des équipements météorologiques, entretenir des réseaux d’observation et former des spécialistes nécessite des investissements durables.

Ces dépenses doivent être considérées non seulement comme des investissements environnementaux, mais également comme des instruments de protection économique et sociale.

Prévenir plutôt que subir : quelles priorités pour les gouvernements africains ?

Face aux risques climatiques, plusieurs domaines méritent une attention particulière.

L’agriculture constitue naturellement une priorité. L’amélioration de l’irrigation, la diversification des cultures et l’accès aux informations météorologiques peuvent contribuer à réduire les pertes.

La gestion de l’eau représente un deuxième enjeu majeur. Les barrages, les réservoirs et les réseaux de distribution doivent pouvoir faire face à des périodes de déficit ou d’excès de précipitations.

Les infrastructures urbaines nécessitent également des investissements. L’entretien des canalisations, la protection des zones inondables et l’aménagement des villes peuvent limiter les dommages provoqués par les pluies intenses.

Enfin, les systèmes de santé doivent intégrer davantage les risques liés aux fortes chaleurs, aux inondations et aux maladies susceptibles de se développer dans certaines conditions climatiques.

Ces mesures ne permettront pas de supprimer les phénomènes naturels.

Elles peuvent néanmoins en réduire considérablement les conséquences humaines et économiques.

Une responsabilité mondiale, des conséquences inégalement réparties

La situation actuelle soulève une question qui dépasse la météorologie.

Les pays africains contribuent relativement peu aux émissions historiques mondiales de gaz à effet de serre, mais plusieurs d’entre eux figurent parmi les plus vulnérables aux conséquences du réchauffement climatique.

Cette vulnérabilité tient notamment à la dépendance de certaines économies à l’agriculture pluviale, aux difficultés d’accès au financement et aux insuffisances des infrastructures.

Le rapport 2025 de l’OMM sur le climat africain confirme que le continent se réchauffe plus rapidement que la moyenne mondiale et subit déjà des conséquences économiques et humaines importantes. World Meteorological Organization

Dans ce contexte, El Niño agit comme un révélateur.

Il met en évidence les faiblesses des systèmes agricoles, énergétiques et sanitaires, mais aussi les inégalités entre les pays dans leur capacité à anticiper les catastrophes.

Certains États peuvent mobiliser rapidement des moyens considérables lorsqu’une menace climatique apparaît.

D’autres doivent faire face aux mêmes risques avec des ressources financières, techniques et humaines beaucoup plus limitées.

Le défi africain ne consiste donc pas uniquement à améliorer les prévisions météorologiques.

Il consiste aussi à transformer ces informations en décisions concrètes, capables de protéger les populations avant que les catastrophes ne surviennent.

2027 : une année qui pourrait mettre à l’épreuve la résilience africaine

Les dernières observations scientifiques ne laissent guère de doute sur un point : le phénomène El Niño de 2026 est particulièrement puissant et devrait continuer à influencer le climat mondial pendant les prochains mois.

En revanche, ses conséquences exactes sur les différents pays africains restent incertaines.

Certaines régions pourraient connaître des précipitations importantes. D’autres pourraient être confrontées à des déficits de pluie. Les effets économiques indirects pourraient également dépasser les zones directement affectées.

Il serait donc prématuré d’annoncer une catastrophe climatique généralisée pour l’Afrique en 2027.

Mais il serait tout aussi imprudent d’ignorer les signaux d’alerte.

Les expériences passées montrent que les phénomènes climatiques deviennent particulièrement destructeurs lorsqu’ils rencontrent des populations déjà fragilisées par la pauvreté, l’insécurité alimentaire ou le manque d’infrastructures.

La question n’est donc pas seulement de savoir quelle sera la puissance d’El Niño.

Elle est aussi de déterminer ce que les gouvernements, les institutions régionales, les entreprises et les citoyens peuvent entreprendre dès aujourd’hui pour en limiter les conséquences.

Car si l’Afrique ne peut pas empêcher El Niño de se produire dans le Pacifique, elle peut agir pour éviter que ses conséquences ne se transforment en crises humaines et économiques majeures.

Et c’est peut-être là que se jouera le véritable enjeu de 2027.

Sources principales de l’article

Les informations scientifiques et les prévisions présentées dans cet article reposent principalement sur les publications suivantes :

  1. NOAA — 8 octobre 2026 : ENSO Diagnostic Discussion. Dernières observations et probabilités officielles sur l’intensité d’El Niño.
  2. Organisation météorologique mondiale : El Niño et La Niña. Explications scientifiques et effets climatiques régionaux.
  3. OMM — 19 août 2026 : El Niño impacts Greater Horn of Africa. Prévisions pour l’Afrique de l’Est.
  4. OMM — 18 juin 2026 : State of the Climate in Africa 2025. Situation climatique et vulnérabilités du continent.
  5. UNICEF — 25 juillet 2024 : Conséquences de la sécheresse en Afrique australe. Impacts humanitaires d’un précédent épisode El Niño.
  6. OMM — 7 septembre 2026 : Addis Ababa Call to Action on Early Warnings in Africa. Initiatives africaines de prévention.